La vie intérieure_5
Article mis en ligne le 4 décembre 2020
dernière modification le 22 décembre 2020

Très chers amis,
J’espère que vous avez pu au préalable télécharger sur la page Facebook et imprimer le document qui contient la prière introductive et les règles du discernement de esprits.
Nous poursuivons cet enseignement sur les fondements de la vie intérieure.
Comme la vie intérieure est d’abord un fruit de l’Esprit Saint,
je vais d’abord prier avec vous la prière suivante :

Esprit-Saint, reçois la consécration parfaite et absolue de tout mon être.
Sois présent désormais dans chacun des instants de ma vie et dans chacune de mes actions.
Sois mon directeur, ma lumière, mon guide, ma force et l’amour de mon cœur.
Je m’abandonne sans réserve à tes opérations divines et veux être docile à toutes tes inspirations.
Esprit-Saint, transforme-moi avec Marie et en Marie,
en un autre Christ Jésus, pour la gloire du Père et le salut du monde. Amen.

Cette semaine, nous terminons le commentaire des règles du discernement des esprits données par Saint Ignace.

II Discerner le sens (3) Fin du commentaire des Règles du discernement des esprits

Comment vivre en temps de désolation ?
321. 8ème règle : "Que celui qui est dans la désolation travaille à se conserver dans la patience,
vertu directement opposée aux attaques qui lui surviennent ;
et qu’il espère qu’il sera bientôt consolé,
pourvu qu’il emploie les moyens nécessaires pour vaincre la désolation,

comme nous l’avons dit dans la sixième règle."

Quel sens trouver à la désolation ?
322. 9ème règle : "La désolation a trois causes principales.
Premièrement, elle peut être un châtiment.
Notre tiédeur, notre paresse, notre négligence dans nos exercices de piété, éloignent de nous la consolation spirituelle.
Secondement, elle est une épreuve.
Dieu veut éprouver ce que nous pouvons, et jusqu’à quel point nous sommes capables de nous avancer dans son service et de travailler à sa gloire, privés de ces consolations abondantes et de ces faveurs spéciales.
Troisièmement, elle est une leçon.
Dieu veut nous donner la connaissance certaine, l’intelligence pratique et le sentiment intime
qu’il ne dépend pas de nous de faire naître ou de conserver dans nos cœurs une dévotion tendre,
un amour intense accompagné de larmes, ni aucune sorte de consolation spirituelle ;
mais que tout est un don et une grâce de sa divine bonté ;
il veut nous apprendre à ne point placer trop haut notre demeure,

en permettant à notre esprit de s’élever et de se laisser aller à quelque mouvement d’orgueil ou de vaine gloire, nous attribuant à nous-mêmes les sentiments de la dévotion et les autres effets de la consolation spirituelle."

Premièrement, elle peut être un châtiment.
Oui, il y a des cas où la désolation est la conséquence directe de nos péchés ou de notre médiocrité.
C’est le châtiment même du péché que d’en être attristé, honteux de nous-même.
Dans ce cas, la désolation est un châtiment à but médicinal : elle relie bien le péché aux désagréments qui en découlent, et nous met ainsi en garde contre la tentation de recommencer.

Si Dieu permet, tolère parfois, que nous soyons effrayés par les sentiments malsains qui traversent notre âme, c’est pour nous éviter le pire : l’orgueil spirituel, qui prétend s’attribuer ce qui vient de Dieu.
Si j’en suis arrivé à me prendre pour le plus avancé spirituellement parce que je vis habituellement dans la consolation, alors Jésus veille très sérieusement à nous éviter ce genre d’erreur fatale.

Secondement, elle est une épreuve.
Dieu nous éprouve au sens positif : il ne nous induit pas en tentation, mais il nous permet de prendre la vraie mesure de notre attachement à Dieu, au-delà des belles paroles dont nous pouvons nous gargariser.
Dieu nous permet d’éprouver, de mesurer, de ressentir la vérité telle qu’elle est, même si elle est initialement désagréable. La vérité vous rendra libre, dit Jésus.

C’est le côté positif de la désolation, le bien que nous pouvons en tirer.
C’est la désolation vue du côté de Dieu, qui donne la clé de sa sagesse et de sa providence.
La pédagogie divine a toujours raison :
si Dieu permet une épreuve, c’est toujours dans l’optique de nous la faire surmonter et d’en sortir grandi.
Dieu veut toujours faire sortir un bien pour nous lorsqu’il permet la désolation.

Troisièmement, elle est une leçon.
Cette leçon est à graver en lettres d’or dans notre mémoire :
il ne dépend pas de nous de faire naitre ou de conserver la consolation dans notre cœur.

C’est l’erreur fréquente des débutants, et même parfois des âmes plus avancées,
d’attribuer à leurs propres efforts ou mérites la constance dans de beaux sentiments spirituels.
Nous volons à Dieu sa gloire,
nous récupérons pour nous ce bien spirituel, qui est initialement toujours un cadeau de Dieu.

Pour éviter cela, il faut vivre constamment dans la reconnaissance, l’action de grâce
et l’émerveillement renouvelé pour la bonté et la tendresse de Dieu à notre égard.
C’est la dépendance filiale, amoureuse, qui nous prémunit contre l’orgueil :
oui, je resterai toujours petit devant Dieu, tout en découvrant la valeur infinie que j’ai à ses yeux.

Dieu nous apprend aussi à Le distinguer d’avec ses cadeaux.
Beaucoup de débutants confondent la réalité de l’habitation de Dieu en eux
avec le ressenti psychologique qu’ils en ont.
Beaucoup confondent la présence aimante de Dieu en leur âme avec les sentiments de la consolation.
Mais Dieu ne se confond jamais avec ses cadeaux. Il est bien plus que ses cadeaux !

Les sentiments de ferveur sont seulement des vagues à la surface de notre âme.
Dieu, lui, est le sous-marin des profondeurs de notre âme.
Que sa surface soit calme et ensoleillée, ou au contraire au plus noir de la tempête, cela n’empêche pas Dieu d’habiter au plus profond de mon âme !

Les 2 règles suivantes nous disent comment vivre dans la consolation ou la désolation :

323. 10ème règle : "Que celui qui est dans la consolation pense comment il se comportera au temps de la désolation, et qu’il fasse dès lors provision de courage pour le moment de l’épreuve."

Implicitement, Ignace suppose qu’il est normal qu’il y ait des moments de consolation et des moments de désolation. C’est une alternance qui fait partie de la vie intérieure. La vie intérieure n’est pas un long fleuve tranquille.
Dans la consolation, il faut se préparer à la désolation : un jour, je n’aurai plus ces sentiments de ferveur !
Mais je peux prendre des réserves, et quand la désolation arrivera, je serai moins atteint, je ne serai pas désarçonné, je ne m’inquiéterai pas outre mesure.

324. 11ème règle : "Qu’il s’efforce aussi de s’humilier et de s’abaisser autant qu’il lui est possible, pensant de combien peu de chose il est capable au temps de la désolation, lorsqu’il est privé de la grâce sensible ou de la consolation.
Au contraire, celui qui est dans la désolation se rappellera qu’il peut beaucoup avec la grâce, qu’elle lui suffit pour résister à tous ses ennemis, pourvu qu’il s’appuie sur le secours de son Créateur et Seigneur."

La solution pour affronter la désolation, c’est de considérer l’alliance entre moi et Dieu : moi seul, je ne suis capable de rien. Dieu est tout-puissant. Si je tiens la main de Dieu, j’arriverai toujours à surmonter, j’en sortirai victorieux.

Enfin, 3 images, 3 comparaisons sur Satan, qui nous en apprennent beaucoup sur ses méthodes et la façon d’y réagir.

325. 12ème règle  : Désolé pour les féministes, mais ce qui suit est bien de saint Ignace de Loyola !
"Notre ennemi ressemble à une femme ; il en a la faiblesse et l’opiniâtreté. C’est le propre d’une femme, lorsqu’elle se dispute avec un homme, de perdre courage et de prendre la fuite aussitôt que celui-ci montre un visage ferme ; l’homme, au contraire, commence-t-il à craindre et à reculer, la colère, la vengeance et la férocité de cette femme s’accroissent et n’ont plus de mesure. De même, c’est le propre de l’ennemi de faiblir, de perdre courage et de prendre la fuite avec ses tentations, quand la personne qui s’exerce aux choses spirituelles montre beaucoup de fermeté contre le tentateur, et fait diamétralement le contraire de ce qui lui est suggéré. Au contraire, si la personne qui est tentée commence à craindre et à supporter l’attaque avec moins de courage, il n’est point de bête féroce sur la terre dont la cruauté égale la malice infernale avec laquelle cet ennemi de la nature humaine s’attache à poursuivre ses perfides desseins."

Très rassurant :
les assauts de satan peuvent être initialement très violents. mais si on agit rapidement pour en prendre le contre-pied, satan est obligé de passer très vite à autre chose, sous peine pour lui d’obtenir le contraire de l’effet recherché.
Seul contre satan, nous serons balayés.
Mais nous n’avons rien à craindre car nous tenons la main de Dieu, qui veut nous voir vaincre avec lui.
Si Dieu permet le combat spirituel, s’il nous laisse entrer sur le ring comme un boxeur qui s’entraine,
c’est bien qu’il attend que nous en sortions vainqueur !

Satan a la faiblesse et l’opiniâtreté : si je suis courageux, je n’ai rien à craindre, j’arriverai rapidement à l‘écarter.
Si j’ai peur et manque de courage et de vigueur, je serai balayé.

326. 13ème règle :
"Sa conduite est encore celle d’un séducteur ; il demande le secret et ne redoute rien tant que d’être découvert. Un séducteur qui sollicite la fille d’un père honnête, ou la femme d’un homme d’honneur, veut que ses discours et ses insinuations restent secrets. Il craint vivement, au contraire, que la jeune fille ne découvre à son père, ou la femme à son mari, ses paroles trompeuses et son intention perverse ; il comprend facilement qu’il ne pourrait alors réussir dans ses coupables desseins. De même, quand l’ennemi de la nature humaine veut tromper une âme juste par ses ruses et ses artifices, il désire, il veut qu’elle l’écoute et qu’elle garde le secret. Mais si cette âme découvre tout à un confesseur éclairé, ou à une autre personne spirituelle qui connaisse les tromperies et les ruses de l’ennemi, il en reçoit un grand déplaisir ; car il sait que toute sa malice demeurera impuissante, du moment où ses tentatives seront découvertes et mises au grand jour."

Il faut pouvoir parler de ma vie intérieure avec quelqu’un d’autre qui m’aidera à comprendre et à démasquer satan. A partir du moment ou satan n’est plus secret, son attaque s’effondre.
D’où l’importance de se confesser régulièrement et de se faire accompagner spirituellement afin de pouvoir éclairer les divers mouvements qui traversent mon âme. Il y a des motions de l’Esprit Saint, il y a aussi des tentations qui viennent de l’adversaire
Si la confession se fait exclusivement auprès d’un prêtre,
l’accompagnement peut se vivre avec un chrétien solide, expérimenté dans les choses spirituelles et formé.
Relire ma vie avec un regard extérieur avisé et bienveillant, exposer mes désolations,
me permet de reconnaitre et de démasquer les attaques de satan contre mon âme.
Comprendre ce qui m’arrive, et identifier satan derrière la tentation lui fait perdre toute sa force.
Une fois reconnu qui m’attaque, je ne crains plus grand chose.
Les âmes ont besoin de se sentir comprises et de comprendre ce qui leur arrive.
Le confesseur et l’accompagnateur sont des aides précieuses voulues par Dieu pour la croissance de la vie intérieure.

327. 14ème et dernière règle :
"Enfin, il imite un capitaine qui veut emporter une place où il espère faire un riche butin. Il assoit son camp, il considère les forces et la disposition de cette place, et il l’attaque du côté le plus faible. Il en est ainsi de l’ennemi de la nature humaine. Il rôde sans cesse autour de nous ; il examine de toutes parts chacune de nos vertus théologales, cardinales et morales, et, lorsqu’il a découvert en nous l’endroit le plus faible et le moins pourvu des armes du salut, c’est par là qu’il nous attaque et qu’il tâche de remporter sur nous une pleine victoire."
Il ne faut pas sous-estimer l’adversaire. Satan est un observateur attentif, un fin psychologue et un stratège redoutable rempli de haine. Il s’attaque aux points faibles de mon âme qu’il a soigneusement repérés.
Cette image de satan comme chef de guerre explique la rapidité du changement de registre dans ses assauts. Si son attaque est infructueuse sur un point, il va passer à l’attaque d’un autre.
Il va passer ainsi en revue toutes les failles de mon âme.
Le point intéressant, c’est que l’analyse de mes désolations, la liste des cibles de mes tentations dessine la carte de mes faiblesses intérieures, des points de ma vie qu’il est important de renforcer et de développer.
Ce sont d’ailleurs souvent sur les mêmes fragilités que satan revient sans cesse.
En confession, on entend souvent : O mon Père, je retombe toujours dans les mêmes péchés !
De ce point de vue, même mes combats sont intéressants à relire.
Ils nous aident à saisir où travailler pour renforcer mon âme.
Avec le temps, je vais me rendre compte que satan ne revient plus là où j’ai réagi vigoureusement, où j’ai renforcé ma vertu. j’ai fait des actes de vertu opposés à ses tentations.

Dernière remarque : On n’a jamais fini de se battre contre satan.
Sur son lit de mort, le grand saint Martin voit satan tapi à ses pieds, espérant encore attraper son âme.
Mais Martin lui déclare : Tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne, bête immonde.
Va-t’en, car c’est Dieu et ses anges qui s’apprêtent à m’accueillir.

Ce qui est sûr dans la foi, c’est que Dieu nous garantit la victoire si nous lui restons attentifs et fidèles.

Ignace nous a merveilleusement éclairé sur les enjeux de la vie intérieure.
L’enjeu, c’est mon âme, et il y a 2 camps : Dieu et Satan,
Les deux camps interviennent pour solliciter ma liberté. et moi, je reste toujours l’arbitre.
C’est moi, librement, qui donne la victoire à un camp ou à l’autre.
Dieu est tout puissant : si je m’appuie sur lui, je suis sûr de sortir vainqueur.
Fort des règles de St Ignace, je vais comprendre ce qui m’arrive, me faire aider par un confesseur ou un accompagnateur, je vais compter sur la grâce qui ne me manquera jamais.
Dieu m’entraine, Dieu se sert de tout, même de mes fragilités et de mes chutes, pour me faire rebondir et monter plus haut.

III CHERCHER LA CONFIRMATION DE LA PART DE DIEU

Ce qui ressort de ces règles, c’est essentiellement une dynamique spirituelle de croissance voulue par Dieu.
Même les désolations provoquées par l’adversaire peuvent être utilisées par Dieu pour mon perfectionnement, pour ma croissance en grâce.
Pour être sûr de ne pas nous tromper et aller toujours plus loin dans la confiance en Dieu,
pour marcher de grâce en grâce, il nous faut entendre souvent la voix de Dieu,
nous avons besoin de ses encouragements, de ses confirmations.

Demander une confirmation à Dieu, ce n’est pas le mettre à l’épreuve,
c’est juste lui donner l’occasion de montrer sa bonté paternelle.
Demander à Dieu de nous renforcer, de confirmer ce qu’il vient de nous dire,
ce sera l’objet de notre prochaine et dernière rencontre.