L’OÏkos 2
Article mis en ligne le 10 février 2020

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Très chers frères et sœurs dans le Christ,

je veux vous entretenir aujourd’hui de ce que nous appelons l’Oïkos, selon un mot grec contenu dans les Actes des Apôtres, qui désigne notre réseau de relations humaines, que le Seigneur nous donne à évangéliser. Une étude attentive et une analyse réfléchie des Actes des Apôtres nous fait découvrir le mode d’évangélisation proprement chrétien et catholique tel qu’il a été vécu des les premiers temps de l’Eglise. Nous les chrétiens, nous n’avons rien à regarder ni à envier du côté des Témoins de Jéhovah ou des autres sectes qui font du prosélytisme. Nous les chrétiens, nous témoignons de Jésus à ceux que Dieu nous a donné de fréquenter et avec lesquels nous avons noué des relations d’amitié. Dieu ne demande jamais l’impossible.
Les premiers évangélisateurs, tels saint Paul et saint Barnabé, étaient de bons juifs pratiquants qui ont commencé systématiquement par annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ dans les synagogues des villes du pourtour méditerranéen. Et quand ils ne trouvaient pas de synagogue, ils cherchaient le sabbat à proximité des points d’eau où les juifs se réunissaient en ce cas en l’absence de synagogue. Et c’est seulement après leurs échecs ou leurs déconvenues vis-à-vis des autres juifs qu’ils se tournaient alors vers les païens, presqu’à regret et à contre-coeur au début. Dans les Actes des Apôtres chapitre 13, à Paphos dans l’île de Chypre, Paul et Barnabé déclarèrent aux juifs avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.
Nous aussi, nous irons spontanément vers ceux qui sont déjà baptisés et qui semblent un minimum croyant et pratiquant. Mais comme pour les premiers chrétiens, l’Esprit-Saint nous montrera de plus en plus des hommes et des femmes de toute origine et de toute condition qui ont déjà été préalablement travaillés par la grâce de Dieu et qui ont déjà faim sans le savoir de ce que nous leur apportons.
L’important pour nous n’est pas de chercher à faire plaisir à Jésus en décidant d’avance que telle ou telle personne doit se convertir, mais bien plutôt de reconnaitre qui Jésus nous montre à évangéliser. Et parfois, il apparait que ce ne sont pas du tout ceux que nous imaginions au début. Jésus est libre de toucher qui il veut, comme il veut et quand il veut. Et en même temps qu’il fait l’essentiel du travail intérieurement par l’action de l’Esprit Saint, il nous associe souvent à son œuvre en nous demandant de compléter extérieurement ce qu’il a déjà si bien entamé. Cela est vrai à toutes les étapes d’un cheminement vers la foi. Nous avons aussi bien à semer les premières graines de la charité et de la parole de Dieu dans des cœurs qu’à accueillir le fruit mûr, les âmes toutes prêtes à croire en Jésus.

Comment approcher les âmes de notre Oïkos ? En les aimant d’abord comme Jésus.
Dans la Bible, au livre de la Genèse, après le meurtre d’Abel par Caïn, Dieu demande à Caïn : “Où est ton frère ? “ Et Caïn a cette réponse atroce : “Qui m’a établi gardien de mon frère ?”
Au contraire, nous les enfants de Dieu, nous nous sentons concernés par nos frères, par tout homme que nous rencontrons et que Dieu appelle à devenir notre frère s’il ne l’est pas encore.

  • Évangéliser son Oîkos, c’est d’abord connaitre et aimer tous ceux que je côtoie.
  • Évangéliser son Oïkos, c’est d’abord croire qu’aucune de nos rencontres n’est due au hasard. C’est croire que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qu’il aime.
  • Évangéliser son Oîkos, c’est m’intéresser humainement à chacun d’eux.
    C’est développer suffisamment les échanges avec eux pour connaitre ce qui leur plait et ce qui leur déplait, les joies et les peines qui remplissent leurs cœurs. C’est partager tout ce qu’il est possible de partager avec eux. Une fois que je me serai intéressé à eux, passionné pour eux, alors j’aurai découvert que le Seigneur m’a fait le très grand honneur de partager - au moins un peu - son regard plein d’amour sur chacun d’entre eux.
    Nous serons missionnaires dans la mesure même de notre bienveillance a priori pour ceux que nous rencontrons. Un vrai missionnaire est par définition plein de bon esprit, sans rien enlever à sa lucidité.

Concrètement au sein de la cellule, chacun établit d’abord par écrit la liste nominative des membres de son oïkos. Au cours de la réunion, dans la prière d’intercession, toute la cellule présente à Dieu tous les membres de tous les oïkos, sans les nommer en particulier bien sûr, à moins que l’un ou l’autres des membres de la cellule veuille en citer un ou une en particulier. La prière finale pour l’oikos et le Notre Père sont dit tout spécialement pour ces personnes à évangéliser.
En dehors des réunions de cellule, les messes et les temps d’adoration eucharistique sont des moments spécialement efficaces pour présenter ces hommes et ces femmes à Dieu, et pour obtenir pour eux de grandes grâces de lumière et de force.
En dehors de la prière, je cherche à fréquenter les personnes de mon oikos, à échanger avec eux, à mieux les connaitre pour mieux les aimer. Je me mets volontiers à leur service, je vis une charité trs concrète et très régulière envers eux.
Dans mes discussions, je n’hésite pas à aborder avec eux les questions fondamentales de l’existence, le sens de la vie, de la mort, de l’amour ; la valeur et la richesse profonde de nos actes, le sens des évènements. Quand l’occasion s’en présente, sans jamais la forcer, j’exprime très simplement mes convictions de foi.
Je témoigne non pas de grands principes, mais de réalités que j’ai moi-même expérimenté dans ma relation à Dieu. Ces témoignages ont une force irremplaçable pour toucher des cœurs.

Et j’attends …. Cela peut surprendre, mais il est indispensable de savoir attendre dans l’évangélisation.
Car le temps de Dieu n’est pas le nôtre.
Dieu est infiniment plus pressé que nous de toucher les cœurs, et pour cette raison même, il est donc infiniment patient, parce que seul compte pour lui une réponse pleine et entière, vraie et libre.
A nous de respecter infiniment le travail de la grâce de Dieu dans une âme, à savoir ôter nos sandales devant le terre sacrée de l’autre, pour reprendre le Pape François paraphrasant Dieu s’adressant à Moïse lors de l’épisode du buisson ardent dans le livre de l’Exode. La pédagogie de Dieu est toujours plus fine et délicate que nos attitudes souvent semblables à celle d’un éléphant dans une cristallerie.

J’attends une demande, une quête, un appel, un cri de la part de ceux pour qui je prie et j’offre.
A un moment donné, touché par l’Esprit Saint, il devrait m’interpeller sur ma foi, sur celui en qui je crois, sur la qualité de ma relation au Christ. Et c’est là qu’il ne faut pas décevoir, qu’il ne faut pas se dérober, qu’il faut savoir donner du temps. C’est le moment où nous collaborons de la manière la plus visible à l’œuvre de Dieu.En partie, Dieu a bien voulu se livrer à notre témoignage malgré notre faiblesse. S’il l’a voulu ainsi, n’ ayons pas peur ! C’est Lui qui passera et agira à travers nous. C’est Lui qui attirera cette âme jusqu’à Lui par notre intermédiaire.
Concrètement, nous dirons à cette personne : Viens et vois ! Nous l’inviterons à découvrir la rencontre avec le Christ dans notre cellule, dans cette traduction très humaine de la famille de Dieu.
Ce sera à tous les membres de la cellule de l’accueillir comme un frère ou une sœur.
Ce sera l’occasion de la découverte expérimentale de la vie chrétienne dans la cellule,
ce sera un sas d’entrée vers la communauté paroissiale rassemblée par la messe du dimanche.
Vous avez remarqué dans mon discours le passage progressif de la prière pour une liste de personnes à l’action plus spécifique envers une personne plus précise. Les critères de discernement pour préciser vers qui Jésus nous envoie seront l’objet d’un autre enseignement.

Piste de réflexion  : L’Oïkos, c’est l’ensemble des personnes que le Seigneur Jésus me donne à servir et aimer comme Lui !