Qu’est-ce que "les Charismes " ?
Article mis en ligne le 15 novembre 2020
dernière modification le 22 novembre 2020

Dans sa 2ème lettre pastorale, Monseigneur Namhias nous invite à être greffé au Christ et à développer nos charismes. Cherchons à mieux les connaître pour mieux les accueillir.

En accueillant cette lettre, notre Conseil Pastoral a choisi pour notre Pôle d’approfondir en particulier les charismes, pour mieux les accueillir et les discerner, et répondre ainsi à l’invitation de notre évêque de les développer. « Votre évêque vous appelle à développer vos charismes et aucun d’entre nous ne doit manquer à l’appel : il en va de la richesse de notre diocèse et de sa pertinence pour annoncer l’Evangile en Seine-et-Marne. » (37)
L’EMP a décidé, pour aider à mieux comprendre ce que sont les charismes, que soit donner différents articles sur ce sujet dans la vie du Pôle (ils vous seront donnés à partir de la semaine prochaine), qu’il y ait une rencontre dans les secteurs avec un temps de prière, et que soit diffuser prochainement des petites vidéos de témoignages (à retrouver sur le site du Pôle).
« Laissons l’Esprit Saint déployer en chacun de nous ses charismes. C’est le souhait de votre évêque. Avec fidélité, cherchons à être plus proches du Christ et à mettre en œuvre son appel pressant à aimer son prochain. Unis par le Christ – et de manières différentes – rendons gloire au Père par notre prière et notre charité. » (45).

Qu’est-ce qu’un charisme ? Voici la définition qu’en donne le Catéchisme de l’Eglise Catholique :
Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde.(799)
Les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ ; pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes (cf. 1 Co 13). (800)

Pourquoi l’Esprit-Saint donne-t-il des charismes ?
Les charismes sont donnés pour le bien de l’Église.
L’action de l’Esprit Saint à la Pentecôte est particulièrement spectaculaire. Le bruit est tellement fort qu’une foule se rassemble. Les apôtres parlent et chaque auditeur les comprend dans sa propre langue. Il leur est donné de parler en d’autres langues, comme cela arrive dans la vie des saints, et aujourd’hui encore – même si c’est exceptionnel – dans l’expérience du Renouveau charismatique.
Quoi qu’il en soit, les apôtres parlent et tout le monde les comprend, signe que l’Église est appelée à parler toutes les langues de la terre pour pouvoir rejoindre chacun dans sa culture, par-delà toutes les barrières.
Pierre peut aussi interpréter l’Écriture en voyant l’événement de la Pentecôte. Il enseigne qu’il s’agit d’un accomplissement de la prophétie de Joël qui annonçait la venue du Saint Esprit sur toute chair (cf. Actes 2, 16). À son tour, il prophétise, c’est-à-dire qu’il parle au nom de Dieu en disant ce qui se passe.
Voilà des exemples – le parler en langue, la prédication, l’interprétation, la prophétie – de ce que saint Paul appelle les charismes et qu’il définit de la manière suivante : « À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun » (1 Corinthiens 12, 7). En d’autres termes, contrairement aux vertus théologales ou aux sept dons de l’Esprit, les charismes ne sont pas d’abord donnés aux personnes pour leur sanctification personnelle ou leur bien spirituel, mais pour le bien commun, c’est-à-dire le bien de l’Église et de la mission. Comme le souligne le pape François, ils sont donnés à « l’Église qui évangélise » ; « L’Esprit Saint enrichit toute l’Église qui évangélise […] par divers charismes. Ce sont des dons pour renouveler et édifier l’Église. » (Evangelii gaudium, n. 130)
On l’a compris, les charismes sont donc donnés pour construire l’Église et pour évangéliser. Ceci implique une condition qui peut parfois passer inaperçue ou être oubliée : vouloir servir le bien de l’Église, c’est-à-dire avoir le souci des âmes, comme le faisait saint Dominique, par exemple. Si nous restons calfeutrés chez nous, si nous n’avons pas le désir d’évangéliser, l’Esprit Saint ne nous donnera pas ses charismes… car cela ne servirait à rien ! Les charismes ne s’exercent pas en chambre, en circuit fermé. Mais si nous sortons, si nous nous mettons à annoncer la Bonne Nouvelle, à en témoigner par nos actes et nos paroles, alors nous expérimenterons la présence de l’Esprit Saint et de ses dons nombreux et multiformes.

L’exercice des charismes dans la vie ordinaire

Celui qui désire se mettre au service du Seigneur a de nombreuses occasions d’exercer les charismes dans la vie de tous les jours. Certaines personnes, par exemple, ont un charisme d’accueil : quelles que soient les circonstances, elles savent trouver le mot et l’attitude justes pour accueillir les autres, en particulier ceux qui en ont besoin. D’autres ont un véritable charisme d’écoute et sont capables de donner le bon conseil au bon moment. On peut aller ainsi à l’infini !

L’Esprit Saint utilise les dons de chacun pour faire grandir son Église, parfois sans que la personne ne se rende compte qu’elle exerce un charisme. Ce n’est qu’après qu’elle peut éventuellement découvrir qu’il s’est passé quelque chose de spécial et que l’Esprit Saint est passé à travers elle dans l’exercice de son service. Tous les chrétiens, par la grâce de leur baptême, sont ou devraient être charismatiques, même sans en avoir conscience, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Saint Jean-Paul II a fait une liste – non exhaustive – de ces dons à travers lesquels l’Esprit Saint passe habituellement pour construire son Église :

« Dans toute communauté, il existe des dons extrêmement nombreux et divers […]. Il y a ceux qui sont capables de donner des idées et ceux qui sont capables de les approfondir par la réflexion solitaire et ensuite partagée. Il y a ceux qui sont des organisateurs nés et ceux qui sont de précieux et parfaits exécutants. Il y a ceux qui possèdent une expérience de vie chrétienne et une sagesse remarquable pour participer à la préparation des sacrements et ceux qui sont capables de contribuer à l’animation du culte liturgique. Il y a ceux qui font ou pourraient faire merveille au plan de l’éveil religieux des petits et ceux qui ont le don de rencontrer spirituellement et d’entraîner les adolescents. Il y a ceux qui ont la grâce de conduire des groupes de prière et ceux qui sauront mettre en route des loisirs d’inspiration chrétienne. Il y a ceux qui ont la capacité de penser et de faire avancer des problèmes de société et d’y déposer un levain évangélique et ceux qui sont des diffuseurs efficaces ou même des rédacteurs de presse chrétienne… L’apôtre Paul – avec l’ardeur et le génie apostolique qui étaient siens – aurait été heureux de vous stimuler à la redécouverte et à la mise en œuvre de tous les dons existants déjà ou seulement en puissance dans la vie de vos chrétiens… » (Discours aux évêques de Belgique en visite ad limina, 18 septembre 1982)

Parfois, ces charismes s’appuient sur des dons naturels, mais ils ne s’y réduisent pas. Par exemple, le charisme d’accueil va souvent avec des qualités de bonhommie naturelle, mais il apporte la délicatesse et une véritable présence de Dieu ; le charisme d’écoute va avec une disponibilité de cœur, mais il inclut aussi souvent le juste conseil, simple et sobre, adapté à la situation, etc. Nous voyons donc que les charismes ne se réduisent pas aux dons naturels. Ainsi, l’animation du chant à la paroisse ou dans un groupe de prière peut s’appuyer parfois sur un certain talent pour la musique, mais pas seulement ; être musicien ne suffit pas. Avoir un charisme de chant, c’est, en animant les chants, permettre à tous de prier ou de louer, ce qui est différent d’une simple compétence technique. En réalité, dans les charismes, c’est l’Esprit Saint qui se sert de l’instrument que nous sommes pour jouer sa mélodie. Il y a même des personnes qui ont un charisme de chant et qui ne savent pas lire la musique ! Un autre signe montre qu’il s’agit vraiment de charismes : ils construisent l’unité.

D’autres charismes sont donnés spécialement quand on se réunit pour prier ou louer ensemble. Ou encore dans l’évangélisation directe. Pour y voir clair, nous allons énumérer la semaine prochaine certains de ces charismes et donner quelques conseils pour les exercer de manière ajustée.

Les charismes dans la prière

Les charismes sont très nombreux car l’Esprit Saint ne manque jamais d’imagination ! Saint Paul en cite quelques-uns dans la Première lettre aux Corinthiens (1 Co 12, 8). Voici la description de certains d’entre eux.

1- Le parler et le chant en langues

Saint Paul l’évoque : « Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes, mais à Dieu : il dit en esprit des choses mystérieuses […] Celui qui parle en langues s’édifie lui-même » (1 Co 14, 2-4). Le chant en langues est le seul charisme qui soit surtout au service de celui qui l’exerce. Il est extrêmement répandu. Il n’a jamais cessé d’exister dans l’Église, comme en témoignent certains textes de saint Augustin.

Quand notre cœur est en prière, quand nous louons, il arrive un moment où nos paroles sont comme impuissantes à dire ce que nous voulons dire à Dieu. L’Esprit nous fait alors balbutier des syllabes qui servent à exprimer la réalité de notre prière.

C’est l’Esprit qui donne de prier en langues (bien souvent après l’effusion de l’Esprit), mais c’est aussi nous qui prions ou qui chantons en langues. Si je n’ouvre pas la bouche, si je ne commence pas à parler ou à chanter, il ne se passera rien. L’Esprit Saint ne s’empare pas de nous par effraction : il se joint à notre esprit, il respecte notre nature et notre liberté.

« La première fois que j’ai vu et entendu un chant en langues, j’ai été très étonnée. Comment l’Esprit Saint pouvait-il inspirer cela ? Je pensais que les personnes qui chantaient devaient ressentir une sorte de prise de possession de l’Esprit et que c’était plus fort qu’elles. Quand j’ai reçu l’effusion de l’Esprit, j’attendais de sentir cette force en moi, de la sentir physiquement. J’attendais de sentir bouillonner dans ma bouche les syllabes inspirées par l’Esprit. Mais je n’ai rien senti. Grâce aux frères, j’ai compris que le don de l’Esprit n’annihilait pas ma liberté. Si j’avais le désir de chanter en langues, je devais non seulement ouvrir la bouche mais prononcer des syllabes. J’ai compris que ces syllabes, c’était bien moi qui les prononçais et pas un autre en moi. Alors je me suis jetée à l’eau dans un acte de foi. N’avais-je pas reçu l’Esprit Saint ? Donc quand les frères autour de moi se sont mis à chanter, je les ai accompagnés. Mon chant n’était pas terrible : c’était du genre “mu-mu, ba-ba…” Mais ce fut comme un déblocage spirituel. Aujourd’hui, je prie en langues tous les jours, dans la louange, mais aussi dans mon temps de prière personnelle. » (Marie)

Le fruit de cette prière en langues semble être une ouverture de notre cœur profond à Dieu, une écoute plus profonde de sa parole (souvent, dans une assemblée de prière, un chant en langues collectif est suivi par un profond silence).

Plus rarement, il arrive qu’une personne dise dans une langue qu’elle ignore une parole qui signifie vraiment quelque chose. Ainsi, un jour, au sein d’une assemblée de prière charismatique, une personne avait dit en arabe (langue qu’elle ignorait totalement) la phrase suivante : « Dieu, mon seul espoir. » Cette phrase avait été comprise par un Jordanien, présent ce soir-là, qui en fut profondément touché. C’est là ce qu’on appelle un charisme extraordinaire, car il dépasse manifestement les capacités humaines.

2- Les charismes de parole
Une personne peut se sentir poussée dans la prière à donner une parole venant de l’Esprit Saint. On distingue couramment :

La prophétie. Il ne s’agit pas de prédire l’avenir. Prophétiser, c’est parler au nom de Dieu, souvent de manière toute simple et toujours conforme à la Parole de Dieu donnée dans l’Écriture et la Tradition (sinon il s’agirait d’une fausse prophétie). On reconnaît ce charisme aux effets qu’il produit : les personnes qui entendent cette parole sont encouragées, consolées, vivifiées et ont davantage envie de se convertir et de suivre le Seigneur.

L’image. Il s’agit là d’une autre manière qu’a le Seigneur de parler. Les images sont souvent interprétées. Elles nécessitent d’être vérifiées avant d’être données, car elles surviennent souvent à la manière d’une distraction chez celui ou celle qui la reçoit (et peuvent parfois n’être que des distractions !)
Dans une louange communautaire ou une assemblée de prière charismatique, certaines personnes reçoivent parfois des textes de l’Écriture en ouvrant leur Bible « au hasard ». Lorsqu’une personne reçoit souvent de cette manière des paroles qui touchent et construisent l’assemblée, on parle d’un charisme de texte.
L’Écriture est toujours à révérer particulièrement. Si on lit à voix haute une parole de l’Écriture, il ne faut donc pas s’empresser de la commenter en disant : « Le Seigneur nous dit ceci ou cela… » En effet, ce genre de commentaire peut empêcher l’écoute de ce que cette parole nous dit vraiment. À l’inverse, il est évident qu’il faut montrer du discernement dans ce qu’on lit. Il faut aussi éviter d’accumuler trop de textes reçus dans la prière. Chaque texte doit être discerné et, s’il est lu, il faut se donner le temps de l’écouter en faisant suivre sa lecture d’un temps de silence. Tout n’est pas bon à lire dans n’importe quel contexte. Si vous tombez sur un texte de malédictions, ne vous empressez pas de le lire au pauvre frère pour lequel on est en train de prier parce qu’il est en grande difficulté !…
L’exercice de ce charisme peut sembler un peu dérisoire aux esprits rationalistes. L’expérience montre cependant qu’il est tout à fait pertinent (lorsqu’il est vérifié) : bien souvent, les paroles reçues arrivent à point nommé et, de plus, sont cohérentes les unes avec les autres. Seule l’expérience peut montrer qu’il s’agit d’un réel charisme.

L’exhortation. Certaines personnes reçoivent un don spécial pour exhorter les autres : à telle attitude spirituelle, à une plus grande conversion, à la prière… On reconnaît ce charisme au fait que ceux qui l’entendent sont saisis du désir de répondre à cette exhortation pour avancer davantage vers le Seigneur.

3/Des charismes de guérison
Nous abordons ici un sujet plus délicat. Faisons une première constatation : quand Jésus envoie ses apôtres annoncer l’Évangile, il les envoie faire des guérisons. Dans les Actes des Apôtres, nous voyons Philippe opérer de nombreuses guérisons. On peut donner plusieurs sens à cette réalité. Par exemple, on peut y voir désignée la réalité des sacrements qui opèrent des guérisons en l’homme.

L’expérience prouve aussi que, quand on se rassemble pour dire au Seigneur : « Celui que tu aimes est malade, guéris-le dans ta bonté », le Seigneur opère des guérisons, physiques et (ou) intérieures. Mais il ne guérit pas toujours, et nous ne saurons qu’au ciel pourquoi il a guéri telle personne et pas telle autre.
Le charisme de guérison est le plus souvent un charisme communautaire, à de rares exceptions près. Heureusement, car il peut être lourd à porter pour ceux qui l’exercent !
Lors d’assemblées de prière pour les malades, l’Esprit Saint fait parfois connaître à telle ou telle personne la guérison qu’il est en train d’opérer. Cette personne est alors invitée à donner à l’assemblée une parole de connaissance, c’est-à-dire une parole qui fait connaître la guérison que le Seigneur est en train d’opérer. Il va sans dire que ces charismes sont à discerner. Le meilleur moyen, c’est de vérifier que ces paroles sont suivies d’effets, et que ces effets perdurent. Si tel n’est pas le cas, les personnes qui croyaient avoir ce charisme doivent cesser de donner ce genre de paroles.


4/Le charisme de discernement

Certaines personnes reçoivent apparemment peu de charismes, mais on s’aperçoit qu’elles ont en fait reçu un charisme de discernement. Ce charisme est souvent l’apanage des responsables (c’est normalement pour cela qu’ils ont été nommés responsables), mais pas seulement. Ce charisme doit être exercé avec charité, car il faut beaucoup de charité pour encourager ses frères, les confirmer, et parfois aussi les corriger. À ces responsables, l’apôtre dit : « N’éteignez pas l’Esprit, vérifiez tout, ce qui est bon, retenez-le ! » (cf. 1 Thessaloniciens 5, 19).
Rappelons que tous les charismes sont soumis au discernement de l’Église à travers ses pasteurs.

Nous découvrirons la semaine prochaine les charismes dans la mission.