La vie intérieure_4
Discerner le sens (2)
Article mis en ligne le 2 décembre 2020
dernière modification le 22 décembre 2020

II Discerner le sens (2)

Très chers amis,
J’espère que vous avez pu au préalable télécharger sur la page facebook et imprimer le document qui contient la prière introductive et les règles du discernement de esprits.
Nous poursuivons cet enseignement sur les fondements de la vie intérieure.
Comme la vie intérieure est d’abord un fruit de l’action de l’Esprit Saint,
je vais d’abord prier avec vous la prière VIENS ESPRIT CREATEUR

Viens, Esprit Créateur,
Visite l’âme de tes fidèles,
emplis de la grâce d’En-Haut
les cœurs que tu as créés.
Toi qu’on nomme le Conseiller,
don du Dieu très-haut,
source vive, feu, charité,
invisible consécration.
Tu es l’Esprit aux sept dons,
le doigt de la main du Père,
l’Esprit de vérité promis par le Père,
c’est Toi qui inspires nos paroles.
Allume en nous ta lumière,
emplis d’amour nos cœurs,
affermis toujours de ta force
la faiblesse de notre corps.
Repousse l’ennemi loin de nous,
donne-nous ta paix sans retard,
pour que, sous ta conduite et ton conseil,
nous évitions tout mal et toute erreur.
Fais-nous connaître le Père,
révèle-nous le Fils,
et Toi, leur commun Esprit,
fais-nous toujours croire en Toi.
Gloire soit à Dieu le Père,
au Fils ressuscité des morts,
à l’Esprit-Saint Consolateur,
Maintenant et dans tous les siècles. Amen
  • Lors du 1er enseignement, je vous ai commenté le psaume 29 afin de trouver des mots pour décrire les réalités de la vie intérieure. Je vous ai parlé des trois temps de l’expérience spirituelle de saint Ignace : sentir intérieurement, discerner le sens, chercher la confirmation.
  • Dans le deuxième enseignement, nous avons évoqué la nécessite de sentir intérieurement les motions du St Esprit, et j’ai commenté particulièrement l’outil pour les ressentir, qui est la relecture de vie.
  • Dans le troisième enseignement, la semaine dernière, nous avons entamé les règles de discernement des esprits données par Saint Ignace !
  • Cette semaine, nous allons en poursuivre le commentaire,

Je vous relis le titre donné par St Ignace à ses règles :

Règles pour sentir et reconnaitre, en quelque manière, les diverses motions qui se produisent dans l’âme, les bonnes pour les recevoir et les mauvaises pour les rejeter.

317. 4ème règle : De la désolation spirituelle.
"J’appelle désolation le contraire de ce qui a été dit dans la troisième règle :
les ténèbres et le trouble de l’âme, l’inclination aux choses basses et terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance, et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse, et comme séparée de son Créateur et Seigneur.
Car comme la consolation est opposée à la désolation, les pensées que produit l’une sont nécessairement contraires à celles qui naissent de l’autre."

La désolation spirituelle ne se confond pas avec la tristesse naturelle qui découle d’un mal objectif, même si elle peut naitre à l’occasion de cette tristesse naturelle.

La tristesse est l’alliée de satan.
Si elle est sans raison valable, si elle se prolonge et devient permanente, elle est clairement une désolation.
La désolation est une succession de troubles intérieurs qui tendent tous à m’écarter de la confiance en Dieu, de l’espérance, de l’enthousiasme et la ferveur de la charité.
La désolation se mesure aussi à l’attirance pour tout ce qui flatte mes sens, mon ego, mon orgueil ou ma paresse.

La désolation se traduit souvent par le sentiment d’être comme éloigné ou abandonné de Dieu.
L’âme perd la paix liée à la présence de Dieu au fond d’elle-même.

Un autre signe de la désolation, c’est la défiance :
Ce n’est pas pour rien que satan est appelé le diviseur : la désolation me porte à la défiance et à la méfiance envers ceux qui justement me font du bien. Satan est le maitre du soupçon.

Cette désolation, lorsqu’on arrive à l’analyser, semble s’imposer plus ou moins brutalement à l’âme.
Elle est une touche qui nous rend dur, inquiet, cassant, défiant vis-à-vis des autres.

La désolation peut même résulter de pensées qui se camouflent derrière un sentiment noble semblant venir de Dieu, mais qui au final m’écarte de lui : c’est la tentation sous apparence de bien.
Exemple : je regrette mon péché, mais je le vois de plus en plus grave au point de désespérer et de me sentir rejeté par Dieu.
Ou encore : j’ai une très forte envie de me lancer dans le combat contre la méchanté et l’injustice, au point de me laisser envahir par des sentiments de haine contre les personnes. Je suis même effrayé par la violence des sentiments négatifs qui me traversent.

La preuve que ces idées ne viennent pas de Dieu, c’est l’état intérieur troublé dans lequel elles me laissent. Quand des vérités semblent dites par Dieu et font mal au point de perdre la paix et le dynamisme, elles ne sont pas de Dieu.
Ou bien elles sont fausses, ou bien elles peuvent être vraies, mais pas maintenant et pas sous cette forme.

L’ennemi n’a de prise qu’en agissant sur le scénario mental qui nous habite, sans que nous en ayons totalement conscience. Satan agit par mode de suggestion, mais il n’a pas de prise directe ni sur la volonté (il ne peut jamais décider à notre place), ni sur l’affectivité profonde ( malgré les tiraillements, je ne cesse pas vraiment d’aimer Dieu et les autres), ni sur le corps.
Il faut donc faire confiance. Les pièges de satan peuvent être décelés à la condition d’être attentifs à ce dont nous pouvons prendre conscience.

Quelques critères concrets :
-  quand mes pensées s’emballent comme un hamster dans sa roue ! je subis un flot roulant de pensées négatives qui semble me submerger.
-  quand je parle de façon obsessive avec moi-même,
-  quand je me bats intérieurement avec des objections qui me pèsent et me tendent,
-  quand il me semble que je fais à la fois les questions et les réponses, alors qu’en fait, c’est satan qui fait surgir les objections !
La désolation est la conséquence du fait que’nous dialoguons avec Satan même si c’est inconscient..
Il est important de réaliser que nous ne parlons pas avec nous-mêmes
mais avec un autre, satan, qui est à la fois un fin psychologue et un dialecticien redoutable.
Vous comprenez pourquoi les saints disent qu’il ne faut jamais dialoguer avec satan.
-  Satan parle au passé, au futur ou au conditionnel, Dieu parle toujours au présent.
satan : tu vois bien les choses très mauvaises qui vont t’arriver ! Demain, tu iras très mal !

Dieu : Je t’aime, je suis avec toi, ne crains pas..
satan : si tu fais ceci (tel mal), tu serais beaucoup mieux, tout irait bien pour toi,
et si tu fais cela (tel bien), cela va te coûter très cher à tous points de vue.
Dieu : Je t’aime et je suis avec toi. Je suis ta force.
Le discours de satan est le mensonge par excellence : Dieu ne t’aime pas ou ne t’aime plus !
Tandis que Dieu nous redit toujours son amour, qui est plus grand que nos péchés.

La désolation est comme un état de fond général qui s’installe sur le long terme, où on ne se sent plus aimé de Dieu à cause de l’accumulation des troubles intérieurs qui semblent prouver l’absence de Dieu.
La désolation peut parfois surgir brutalement, mais le plus souvent, elle s’insinue sournoisement et s’attaque à la ferveur religieuse, un peu comme l’indifférence et la froideur peuvent s’installer petit à petit dans un couple.

Une autre conclusion très importante est de distinguer soigneusement la tentation du péché !
La tentation n’est pas le péché ! La tentation n’est jamais le péché !
Satan, qui est le menteur par excellence, va essayer de nous persuader que nous sommes pourris et indignes de Dieu à cause des pensées immondes qu’il nous a lui-même suggérées.
Cette vérité est extrêmement libérante ! Il faut pouvoir la dire à beaucoup d’âmes autour de nous.
Une idée malsaine qui traverse mon champ de conscience, si elle n’a pas été recherchée, n’est pas de ma faute. Et si je la rejette aussitôt que je m’en rend compte, cela devient un acte de vertu.
On peut être écrasé involontairement de tentations et ne commettre aucun péché !
C’est l’exemple de saint Antoine du désert, le Père des moines d’Orient. Il est souvent représenté entouré de petits cochons pour symboliser la foule de pensées malsaines qui l’a assailli un jour. Épouvanté, il a résisté comme il a pu, et à l’issue, tout confus, il s’est adressé à Dieu : Seigneur, tu dois être dégouté de moi après toutes ces pensées horribles qui m’ont traversé ? - Antoine, quand ces pensées t’inondaient, en étais-tu heureux ou dégoûté ? - Dégoûté, Seigneur ! - Antoine, c’était moi qui était en toi et qui te partageait mon sentiment à cet égard !

Comment réagir ? Que faire en temps de désolation ? Ce sont les règles 5 et 6
La désolation est comme un défilé dans les montagnes où je suis davantage vulnérable aux embuscades de satan. Mais elle est aussi un chemin vers Dieu. Tout dépend de la réaction de celui qui est désolé.
D’où l’importance de connaitre la conduite à tenir en temps de désolation.

5ème règle : Ne rien changer dans la désolation
318. "Il importe, au temps de la désolation de ne faire aucun changement, mais de demeurer ferme et constant dans ses résolutions et dans la détermination où l’on était avant la désolation, ou au temps même de la consolation. Car, comme c’est ordinairement le bon esprit qui nous guide et nous conseille dans la consolation ; ainsi dans la désolation, est-ce le mauvais esprit, sous l’inspiration duquel nous ne pouvons prendre un chemin qui nous conduise à une bonne fin."
Dans l’épreuve, j’ai envie de remettre mon tablier de tel poste de responsabilité, j’arrête de prier, je cesse de faire les efforts de conversion que j’avais entrepris.
Le but de Satan est alors atteint, c’est de nous bloquer dans notre chemin vers Dieu.
C’est le sens même de son nom. Diable en grec vient de diabalo, diabalein, qui signifie en grec : se jeter en travers ! empêcher ! mettre des bâtons dans les roues.
Satan atteint son but, si le tracas et le trouble nous font renoncer à nos bonnes décisions.

6ème règle : Réagir fermement contre la désolation : Agir contre !
319. "Quoique nous ne devions jamais changer nos résolutions au temps de la désolation, il est cependant très utile de nous changer courageusement nous-mêmes, je veux dire notre manière d’agir, et de la diriger tout entière contre les attaques de la désolation. Ainsi, il convient de donner plus de temps à la prière, de méditer avec plus d’attention, d’examiner plus sérieusement notre conscience, et de nous adonner davantage aux exercices convenables de pénitence."
Cette règle est fondamentale pour reprendre l’ascendant contre la désolation.
Même s’il y a un effort viril à faire sur nous-mêmes, il s’agit bien du combat contre satan.

Si je fais le contre-pied de ce que satan me suggère, alors il n’insistera plus très longtemps, car il comprend que cela ne sert à rien pour lui. Il va fuir et s’éloigner loin de moi s’il réalise qu’il est en train d’obtenir l’effet inverse de celui qu’il recherchait.

La règle de l’agir contre, après avoir repéré et analysé les suggestions de satan, c’est d’en prendre le contrepied avec énergie.
* Si je suis tenté par l’impureté du regard et la luxure, je vais prier pour les personnes que j’ai devant moi, afin de vouloir pour elles tout le bien que Dieu leur veut ! Ne désirant que leur bien en Dieu, je renonce à tout regard qui considérerait la personne comme un objet, et je détourne le regard, ou s’il le faut, je change de lieu.
* Si je suis tenté par la gourmandise, je vais faire un effort d’ascèse et de jeûne pour reprendre le contrôle des passions de mon âme.
* Si je suis addict à l’alcool ou à la drogue, je vais détruire toute trace d’alcool ou de drogue chez moi pour ne pas prendre de risque avec ma faiblesse.
Surtout, Ignace donne des pistes intéressantes :
-  prier davantage : c’est l’exemple de Jésus au jardin des oliviers le Jeudi saint : Veillez et priez avec moi, afin de ne pas entrer en tentation.
-  méditer avec plus d’attention la parole de Dieu : pour trouver conseil en Lui.
-  examiner plus sérieusement notre conscience : c’est ce que nous avons traduit par la relecture de vie dans l’enseignement n° 2. Nous comprendrons ainsi beaucoup mieux ce qui nous arrive.
-  s’adonner davantage à la pénitence : reprendre le contrôle de nos passions et en offrir l’effort à Dieu nous libère des attaches au mal.

En temps de désolation, qui suis-je ? que penser ? quel est mon pouvoir ? Comment prendre des forces dans le Seigneur ?, Quels fruits recueillir de cette désolation ? C’est le but de la 7ème règle :
320. "Que celui qui est dans la désolation considère comment le Seigneur, pour l’éprouver, le laisse à ses puissances naturelles, afin qu’il résiste, comme de lui-même, aux diverses agitations et tentations de l’ennemi ; car il le peut avec le secours divin qui lui reste toujours, quoiqu’il ne le sente pas, parce que le Seigneur lui a soustrait cette ferveur sensible, cet amour ardent, cette grâce puissante, ne lui laissant que la grâce ordinaire, mais suffisante pour le salut éternel."

Très important : C’est Dieu lui-même, toujours présent, qui nous a soustrait à la ferveur sensible !
C’est Dieu qui permet, qui tolère, qui supporte pour un temps que satan vienne nous ennuyer !
Mais Dieu ne se moque jamais de nous ! Il ne nous induit pas en tentation !
Au contraire, il ne nous refuse jamais la grâce suffisante.
Son secours divin nous reste toujours, même si nous ne le sentons plus.
La réalité de la présence, de l’amour et du soutien de Dieu est donc indépendant du ressenti psychologique que j’en aie.
Tout cela est très rassurant ! Je vous dis donc à la semaine prochaine pour achever ce commentaire des 14 règles du discernement des esprits.